Je quitte cet hébergeur qui affiche trop de publicité (à mon goût) , il y en a partout, c’est vraiment envahissant. Dommage car il propose des solutions qui permettent de créer un joli blog (toujours à mon avis !)
La Normandie… le pays du beurre, du cidre et du calvados, c’est bien connu !
Et le vin ?
Quoi, le vin!! Le Château Grand Cru de Rouen ou l’AOC Les Coteaux de l’Orne… Faites moi rire…
Non, soyons sérieux. La Normandie n’est pas le Bordelais, c’est vrai, mais la province a longtemps produit du vin, même si elle est un peu secondaire du point de vue de l’histoire de la viticulture française. Bien avant l’an mil on vendangeait en Normandie et (voilà la surprise pour certains lecteurs de ce blog) on vendange toujours… Une production, certes peu abondante et presque confidentielle, mais reconnue et primée par plusieurs guides des vins.
Gérard Samson, vigneron près de Saint- Pierre sur Dives (Calvados)
C’est l’ambition de ce blog que de vous faire découvrir l’histoire du vignoble normand, une histoire vieille de 1300 ans, et qui, loin d’être terminée, continue encore aujourd’hui sur plusieurs coteaux dans les cinq départements normands.
Vignoble vers 1900 à Saint-Pierre de Bailleul, près de Vernon ( Eure)
Au Moyen Age, une grande partie des vignobles que possédait l’Eglise provenait de dons faits par les seigneurs, d’abord, puis à partir du XIIIè siècle, aussi par des particuliers - bourgeois fortunés ou gens plus simples qui faisaient des dons plus modestes : on considère à cette époque que l’offrande de biens matériels à l’Eglise - c-à-d en priorité aux moines - est le geste de piété le plus susceptible de faire obtenir à celui qui l’effectue le salut de son âme. (C’est la donatio pro anima.) En effet, le donateur sachant que ses jeûnes et ses prières ne peuvent pas arriver à Dieu a besoin de ceux qui servent le Seigneur jour et nuit pour être sauvé - à savoir les moines..
Les exemples de donations faites pourraient être multipliés, contentons-nous de quelques -uns situés dans différents endroits de la province:
Vers l’an 1000, le duc Richard II avait donné à l’abbaye de Fécamp dans Saint-Pierre-d’Autils (département de l’Eure), douze arpents de vignes, que les moines conservèrent jusqu’à la Révolution. Ces mêmes moines possédaient aussi trois autres clos sur la commune voisine de Saint-Marcel.
Avant la fin du XIè siècle Renaud d’Orval fit don à l’abbaye de Lessay (département de la Manche,) de terres, prés et vignobles situés à Orval (département de la Manche) dont le Clos de la Vigne.
Le nécrologue de l’abbaye du Valasse (à Gruchet le Valasse, quelques kilomètres à l’est du Havre) nous informe que « en 1165, mourut Galéran de Meulan, qui donna à l’abbaye du Voeu beaucoup de biens, en forêts, en vignobles, en terres et en revenus. »
Dans le chartrier de Saint André en Gouffern (située à La Hoguette, à 2 ou 3 kilomètres de Falaise - Calvados), on peut lire la charte n° 360 datée d’environ 1208-09, par laquelle ; Raoul Des Buissons confirme la donation d’une pièce de terre et d’un vignoble situés à Airan, que son père avait concédé à l’abbaye. La Charte n° 361 nous informe que Jean Boiter a donné une pièce de terre plantée en vigne dans le territoire d’Airan. (Airan est situé à une quaizaine de kilomètres au sud-est de Caen, dans la vallée de la Muance.)
Un exemple de donation faite par un personne modeste ; Le 25 août 1302, «Richard Mugoe et Tierce, sa femme, de la paroisse Notre Dame de Vernon donnèrent, quittèrent et délaissèrent à tout jamais, en pur don à hommes religieux, l’abbé et le couvent de Sernay, une pièce de vigne assise en ladite paroisse (…) pour le salut de leurs âmes et pour être accueillis en bienfaits spirituels des-dits religieux.» (Cartulaire de l’Abbaye Notre-Dame des Vaux de Cernay)
Les dons, même ceux faits par des seigneurs, pouvaient parfois se révéler presque insignifiants et certainement difficiles à gérer, telles ces donations faites à l’abbaye de Saint-André-en-Gouffern la première par Agnès de Coupigny de trois sillons de vigne situé à Airan , l’autre par Robert de Courcy et ses frères d’un sillon de vigne également à Airan. Sauf si l’abbaye effectuait des opérations de «remembrement» par vente et rachat, échange, etc., étant donné que les dons avaient des tailles très variables et étaient situés dans lieux divers et éloignés, le patrimoine constitué était rapidement dispersé et difficile à exploiter.
Les donations pouvaient comporter des clauses très spécifiques: en 1205, Roger de Portes donnait à l’abbaye de la Noé (à La-Bonneville-sur-Iton, près d’Evreux) une vigne à Illiers-l’Evêque (une dizaine de kilomètres au nord-est de Nonancourt - département de l’Eure) avec le clos environnant, à condition que le vin en soit bu par les moines le jour de son anniversaire.
Parfois, les clauses sont vraiment surprenantes et difficiles à expliquer: à Caen, l’abbé de saint Etienne recevait sept pots de vin d‘Argences à l’ouverture de la foire annuelle. Le porteur devait boire un pot immédiatement et casser le récipient contre le mur du domicile du Prévôt !
Dreux, dans la vallée de l’Eure fut un centre viticole important. Un musée et un vignoble ( géré par ce musée) rappellent le temps où la ville comptait plus de 250 hectares de vignes. Aujourd’hui, 900 ceps de Chardonnay Auxerrois permettent de produire quelques centaines de bouteilles d’un vin blanc sec et fruité qu’on conserve dans les caves du XIIè siècle de l’ancien prieuré Saint Thibault. La visite du musée est d’autant plus intéressante que c’est le seul dans l’aire autrefois occupée par le vignoble normand.
Notez que, administrativement parlant, Dreux n’est pas en Normandie, mais dans la région Centre. Je ne devrais donc pas en parler ici. Mais premièrement la “frontière” de la Normandie n’est qu’à deux ou trois kilomètres et, deuxièmement, la ville est située dans la vallée de l’Eure, qui elle fait nettement partie de la Normandie, précisement entre Dreux et son confluent avec la Seine.
Clic pour agrandir
Et une petite vidéo, qui présente l’ensemble du de l’Ecomusée.
Tous les normands savent bien que, avant qu’ils ne boivent du cidre, la vigne était cultivée sue leurs coteaux et sa production abreuvait la plupart des foyers. “Les derniers témoignages que l’on trouve dans la Manche remontent à 1820-1830. C’était ici, sur nos versants”, explique Emeric Leprovost, agriculteur bio à la ferme du Petit Changeons, à Avranches.
Alors est né un projet… Recréer un vignoble à Avranches…
Un site exposé plein sud, fond de baie avec un climat doux : les conditions étaient effectivement idéales. Et elles le sont toujours.
C’est pourquoi quelques pieds de vignes ont été replantés, il y a deux ans, à titre expérimental. “Aujourd’hui, nous voulons aller plus loin et recréer un vignoble, sous l’étiquette associative “Quartier nature”. C’est la seule façon de se lancer, car s’il fallait en faire un commerce, il faudrait une autorisation spéciale et être sur un espace viticole reconnu.”
Emeric Leprovost veut planter 150 pieds de cépage blanc (Chenin et Chardonay) et 150 de cépage rouge (Pinot noir, Pineau d’Aunis et Gamay). Un choix inspiré de ce qui fait déjà en Auvergne et dans l’Ouest. En effet, les conditions sont assez proches : “Nous avons les mêmes sols acides”.
Avec ce projet, les vignes de l’Avranchin vont reprendre racine. Selon l’historien David Nicolas-Méry, “de nombreux indices montrent qu’Avranches et ses communes limitrophes furent jadis un Saint- Emilionnais en miniature”. Les premiers pieds de vignes arrivèrent dans le nord ouest de la Gaule dès l’Antiquité, avec les colons romains. L’Avranchin, avec ses vallées de la Sée et de la Sélune, et leurs coteaux idéalement exposés, a produit du vin en abondance pendant plusieurs siècles. On retrouve d’ailleurs des caves dans toute la vieille ville.
“Dans les années 1140, on mentionne des vignes à Marcey, Subligny ou Genêts, mais c’est le Val Saint-Père qui dominait, tant pour la quantité du vin produit que pour sa qualité”, note David Nicolas-Méry. “Les vignes de Tissey et du manoir de Brion, qui appartenaient au Mont- Saint-Michel, étaient célèbres. Hélas, elles ne donnaient qu’un vin âcre et sirupeux.”
La guerre de Cent ans occasionna une diminution irréversible du vignoble normand. Le “vin de pomme” prit alors l’ascendant sur celui du raisin, avec le succès qu’on sait, mais jusqu’à la fin du XIXe siècle, couvrant le versant septentrional du vallon de la propriété de Changeons, des vignes plantées sur échalas témoignaient encore de la production viticole passée en Avranchin.
Cinq cépages, deux couleurs
Plusieurs cépages vont être plantés au Petit Changeons :
- Le Chenin (blanc), originaire de l’Anjou, s’est étendu à la Touraine. Il donne des vins secs ou moelleux voire liquoreux sur certains millésimes. Il est aussi utilisé pour des vins effervescents ;
- Le Chardonay (blanc), originaire de Bourgogne, est devenu un cépage international. Ses qualités le font utiliser pour de nombreux types de vin blanc, des grands crus de Bourgogne aux vins effervescents de Champagne ;
- Le Pinot noir (rouge) s’est imposé dans le Nord-Est, en Bourgogne, Alsace et Champagne. Il a donné toutes ses lettres de noblesse aux grands crus de la Côte d’Or. On le trouve aussi en Languedoc et plus précisément à Limoux (Aude) ;
- Le Pineau d’Aunis (rouge), autrefois appelé “chenin noir”, est le plus ancien cépage de Loire. Les vins obtenus, peu colorés, peuvent se consommer rapidement ;
- Le Gamay (rouge), très présent dans le Val-de-Loire, exprime des arômes fruités et épicés.
A partir du XVè siècle, le vin a été un produit taxé, de plus en plus lourdement d’ailleurs. Comme toujours dans ces cas, une lourde taxe semble inciter à la fraude et certains notables n’ont pas pu résister à la perspective de gains importants…
Il faut savoir que jusqu’à la Révolution, les habitants d’une ville avaient le plus souvent le droit de faire entrer dans cette ville des vins provenant de leur domaine et destiné à leur propre consommation sans payer les textes locales prélevées sur tous les autres vins. Cette coutume, en fait ne profitait qu’aux notables, ceux qui étaient assez riche pour posséder des domaines ruraux, sur lesquels se trouvaient des vignobles. (On ne s’étonnera pas de ce privilège puisque ces notables étaient aussi ceux qui contrôlaient la municipalité et qui donc fixaient les taxes locales, si bien qu’il leur était facile de s’octroyer quelques faveurs…)
Une autre coutume, très réglementée d’ailleurs, était ce qu’on appelait la vente «à huis coupé et pot renversé» : il pouvait arriver que le bourgeois ne consomme pas tout le vin entreposé dans da cave. Dans ce cas, un usage qu’on connaissait déjà au XIIIè siècle faisait que le propriétaire avait le droit de vendre au détail à domicile son excédent de vin, toujours sans avoir à payer les taxes auxquelles étaient assujettis les marchands et les cabaretiers. Il pouvait même faire appel au crieur public pour sa publicité ! Au demeurant, cette vente à domicile n’était pas le fait des seuls bourgeois. Le roi et les grands seigneurs ne dédaignaient pas non plus d’y avoir recours. ( On nommait cette vente à pot renversé car l’acheteur arrivait avec son récipient et il se plaçait devant “l’huis coupé” du vendeur c-à-d une porte divisée dans le sens de la hauteur en deux volets ( comme le sont encore les portes des écuries de nos jours). Le volet d’en bas restait fermé et l’acheteur ne pouvait donc pas entrer. Mais par le volet d’en haut, qui était ouvert, il présentait son pot que remplissait le domestique du propriétaire vendeur.
Dans l’esprit de la loi, cette vente ” à huis coupé et pot renversé” devait permettre d’écouler quelques fonds de tonneaux provenant de vins récoltés sur les propres terres du vendeur, rien de plus.
Diverses tentatives de réglementer cette vente
Arrest du Conseil d’Estat du Roy, Du huit May 1691. Qui fait deffense de vendre vin en détail dans les Grandes-Maisons et Hostels… ( à gauche)
Extrait de l’Ordonnance de Sa Majesté…qui font défenses aux Particuliers demeurans dans les mêmes Maisons des Cabaretiers et Vendans Vin…d’avoir du vin dans les caves qu’ils y occupent…des 24 et 31 Janvier 1692… (à droite)
Des magistrats, des notables et des bourgeois de Rouen avaient monté un trafic au début du XVIIè siècle : en achetant la complicité de quelques commis de l’octroi et des impôts (des Aides, disait-on) ils utilisèrent leur fonction pour introduire dans la ville de grandes quantités de vins, exempts des taxes d’entrée en prétendant qu’ils provenaient de leurs domaines. Puis ils tenaient des débits clandestins dans leur cave : en 1614, 500 tonneaux furent ainsi vendus clandestinement ; la fraude dura jusqu’en 1635 et porta sur 13.000 pièces de vin !
A la suite du trafic rouennais, la législation a été renforcée comme le témoigne cet arrêt de la Cour des Aides de 1635, législation confirmée plusieurs fois, dont en 1746 . (à droite)
Arrest contradictoire du Conseil d’Estat du Roy. Concernant les Privilegiés, qui sont exempts des Droits de Détail des Boissons qu’ils font vendre à Pot, provenant de leur Crû…Du 4 Août 1635… (à gauche)
Arrest de la Cour de Parlement…Rendu entre les Maîtres et Gardes du Corps des Marchands de Vins; et les Sieurs…et autres Marchands de Vins…Qui ordonne qu’ils ne pourront tenir ni faire ouvrir que la Cave de leur domicile…Du 8. Juillet 1746... (à droite)
Le village de Menilles est situé dans la vallée de l’Eure, deux ou trois kilomètres en aval de Pacy sur Eure. Il fut l’un des principaux centres de la viticulture normande, moins pour son étendue que pour la réputation des vins qu’on y faisait.
Pacy et Menilles sur la carte de Cassini
Des vignes sont citées bien avant 1100, et un aveu de 1450 montre que Jehanne de Menilles possédait, en autres biens, un « pressoir à ban (…) trois arpents de vignes (…), un arpent de pré, trois cents acres de terre, qui en temps paisible, se labourent partie en vigne, partie en blés.» Bien plus tard, le cadastre de 1827 fait apparaître une plantation de vigne de 45ha dont 30ha de première classe, qui produisait un vin jugé de bonne qualité - au moins par comparaison avec les autres productions locales - et montrait, comme partout ailleurs, la domination du vin rouge avec environ huit fois plus de raisins noirs que de raisins blancs. Autour des années 1870, la production en année moyenne était proche de 20 hectolitres à l’hectare. A cause de sa qualité, le vin de Menilles a longtemps servi de référence pour les transactions qui se faisaient dans les villages des alentours. En 1705, il valait 40 livres le muid, prix plus élevé que ceux pratiqués ailleurs. Au milieu du XVIIIè siècle, dans la seule paroisse de Menilles il se vendait pour 150.000 livres de vin, une somme des plus considérables. Plus tard, le Dictionnaire des communes de l’Eure paru au XIXè siècle précise que Menilles produit des vins d’un cru « estimé ». Mais ne nous trompons pas, si estimé qu’il fut, ce vin n’avait rien d’un Bourgogne ou d’un Bordeaux !
Les années 1891 et 1892 sont un excellent exemple des difficultés de la viticulture normande, exposée à un climat peu favorable , parfois même hostile. En 1891, le rendement de la récolte à Menilles a été de 14 hectolitres à l’hectare, l’année suivante il était seulement de 4 hl à cause d’un été pourri. Ces mêmes années le vin était vendu 75 francs l’hectolitre en 1891, et seulement 50 l’année suivante à cause de sa mauvaise qualité. Un rapide calcul donne donc un revenu de 1050 fr la première année et de 200 fr la seconde. Il est évident que de telles différences de rendement et de prix, liées à l’irrégularité du climat, rendent la culture de la vigne difficile et peu rentable en Normandie.
Vendanges à Menilles en 1900
Et pourtant ce n’est pas parce que les vignerons travaillaient mal : visitant le vignoble vernonnais vers 1860, un célèbre œnologue de l’époque lui donne le meilleur des satisfecit : « il est impossible de voir des vignes plus belles et mieux tenues que celles de Vernon et des environs…. Cette conduite de la vigne est parfaite.» A Menilles, par exemple, on tirait de la terre argileuse du plateau qu’on mélangeait à du fumier et on déposait cet amendement au pied de chaque cep. Les vignes étaient épierrées , les cailloux ainsi retirés étaient disposés en tas qui, depuis, ont fait le bonheur des cantonniers pour remblayer les chemins de campagne.
Comme dans toute la vallée de la Seine et de l’Eure dans la région de Vernon, la décadence du vignoble de Menilles commence dès la Révolution. Le déclin est d’abord assez lent puis s’accélère à partir de 1850. Certes, dans le canton de Pacy-sur-Eure on cultive 133 hectares en 1853 et encore 106 en 1868 (soit quand même une baisse de 20% en 15 ans!) , surtout à Menilles, mais la vigne a presque complètement disparu plus en aval de la vallée.
Contrairement au reste de la région, toute entière tournée vers la production de masse d’un vin médiocre, Menilles essaie de maintenir la qualité : en 1827 , la commune comptait encore 45 hectares, dont 30 classés en 1ère catégorie, plantés non pas en grossier Gouais mais en Néret et en Meunier, cépages bien meilleurs. Mais rien n’y fait et seuls subsistent sept hectares en 1891 sur les côtes du village avec 17.500 ceps !
C’est que dès 1870-80 « on fait son vin » et on en vend un peu, mais rares sont les véritables vignerons qui vivent encore complètement de leur vigne. En 1870, alors que la vigne était en pleine décadence, on comptait 29 «vignerons» à Menilles, mais à part pour trois d’entre eux, la viticulture n’était plus qu’une activité d’appoint - même si les autres continuaient à se qualifier de «vignerons» - comme si telle était encore leur activité principale. De plus Menilles possédait encore deux tonneliers.
L’église de Menilles conserve plusieurs témoignages du culte de saint Vincent, patron des vignerons, dont une statue du saint et ce vitrail.
Et quelle était la qualité de ce vin? Elle dépendait du climat qui est défavorable - voire hostile - une année sur deux. Certes Menilles se vantait de produire un vin de qualité - mais, soyons honnête - seulement par rapport aux vins des environs. Citons, parmi tant d’avis convergents, la remarque de Victor Adolphe Malte-Brun dans La France et ses colonies: description géographique et pittoresque (Paris, 1857, page 85) : « Les meilleurs crus sont : Château d’Illiers (Illiers-Levêque), Nonancourt, Bueil, Menilles, Port-Mort. Ils figurent parmi les plus communs de l’Empire.»
Mais que vienne un bel été sec et ensoleillé – cela arrive parfois – et le vigneron peut s’enorgueillir de son vin. Sous Henri IV, Gabriel Dumoulin, curé de Menneval (près de Bernay - Eure), écrivait dans son Histoire générale de la Normandie : « Aux cantons orientaux comme à Vernon, Pacy, Evreux et Menilles, se font de bons vins et principalement les années chaudes et sèches et passeraient bien pour du meilleur français.» Confirmation est donnée plus tard (en 1766) par l’auteur des Nouvelles recherches sur la France qui écrit : «… que quelques géographes modernes viennent dire hardiment qu’ils ne croient (sic) point de vin en Normandie, si la preuve que j’en apporte ne les satisfait pas encore, je les renverrais à l’excellent vignoble de Menilles, Vaux, Hardencourt, Ecardenville (…) paroisses situées à trois petites lieues d’Evreux, et dont le vin, en certains cantons, peut aller de pair avec celui de Bourgogne ».
On connaissait la Normandie pour son cidre et ses Calvados mais saviez vous qu’ il existe un vin de pays du Calvados?
Grâce à Gérard Samsom , la Normandie a renoué avec le vin dès 1995 : cet ancien notaire, passsionné d’oenologie a replanté un vignoble à Grisy, près de Saint-Pierre sur Dives (Calvados) , là où il prospéré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Gérard Samson dans son vignoble
Depuis dix ans, le vin des Arpents du Soleil , ainsi que se nomme le domaine, est régulièrement sélectionné par le Guide Hachette des vins. Voir un vin normand ainsi primé pourrait être un sujet d’étonnement, même après déjà dix sélections. Mais autant de sélections ne peuvent être le simple fruit du hasard, ou d’un “coup de chance”.
N’est-ce pas là en réalité l’exceptionnel potentiel de ce terroir viticole apte à prodiguer, chaque année, de beaux vins de qualité régulière, qui est récompensé et confirmé ? N’est-ce pas aussi le professionnalisme du vigneron qui est reconnu ?
Voici ce qu’en disait le guide Hachette en 2009 :
“ Seul vignoble normand figurant sur la carte de Cassini dressée au XVIIIes., ce domaine est encore aujourd’hui l’unique vin de pays en Normandie. Une heureuse anomalie si l’on en juge par cet auxerrois aux notes d’amande fraîche et de miel, qui fait preuve au palais d’intensité (pas de fermentation malolactique pour garder toute la fraîcheur) et de longueur. Une bonne occasion de s’essayer aux accords fromages et vins avec un blanc et bien sûr, une production locale telle que livarot, pont-l’évêque ou pavé d’Auge. (Bouteilles de 50 cl.)”
Les premières mentions remontent au Vè siècle et après l'an mil, il couvre tous les coteaux de notre région, d'Avranches à Dieppe, d'Alençon à Rouen, de Cherbourg à Evreux. Comme dans les autres régions septentrionales, il a disparu peu à peu : on servait encore du vin local dans certains cafés du sud-est de l'Eure dans les années 1950. (C'était vraiment un PETIT vin de pays, croyez-moi !) . Aujourd'hui quelques passionnés continuent à faire leur vin et un vignoble commercial produit un Vin de Pays de Calvados reconnu par plusieurs guides du vin.
Découvrez ici l'histoire de ce vignoble pas complètement disparu, et, si vous en avez l'occasion, dégustez son vin...